Pascale Lefrançois
Québec français (131), p. 53-54.
Lefrançois explique l’évolution de la langue et la nouvelle grammaire comme étant des changements liés à la linguistique et l’enseignement de la grammaire actuelle comme étant lié à la didactique. Ce point de départ fait écho au premier mythe de Desnoyers (la nouvelle grammaire est un caprice de fonctionnaire du ministère de l’éducation!). Parfois, les enseignants ont besoin d’entendre ce genre de remarque pour désamorcer une attitude négative face aux changements.
Plutôt que de parler de changement radical d’une grammaire à une autre, l’auteure propose une évolution de la langue et de l’enseignement de la grammaire vers une autre façon de voir qui laisse la porte ouverte à d’autres nouveautés. Cette évolution viendra nécessairement ajouter de nouveaux savoirs plus tard en réponse aux problèmes qui ressurgissent de cette manière d’expliquer le fonctionnement de la langue.
Par exemple, le GN faisant partie du GPrép n’a pas de fonction… Ce «trou» dans les explications pose problème aux enseignants qui ne sont pas convaincus de changer et qui voient qu’en plus, ce n’est pas parfait. Ils ont l’impression de devoir délaisser un système parfaitement complet (même si ce n’est pas le cas) pour un système inachevé, ce qui alimente leurs résistances.
Le troisième mythe de Desnoyers est encore abordé dans la suite de l’article de Lefrançois : ce n’est pas que la terminologie qui a changé. Elle énonce donc les principaux changements de point de vue de la grammaire actuelle en lien avec les avantages qu’ils procurent :
Le principe de phrase syntaxique (vs graphique);
L’analyse par les propriétés syntaxiques plutôt que sémantiques;
o Amène l’élève à comprendre ses erreurs de syntaxe quand il manque un groupe essentiel;
o Amène l’élève à enrichir sa phrase;
o Facilite la construction de subordonnées;
o Aide l’élève à comprendre la structure des phrases transformées.
La notion de groupe syntaxique plutôt que l’analyse des mots pris isolément;
o Amène l’élève à enrichir sa phrase de plusieurs manières;
o Facilite les accords dans le groupe.
Les manipulations syntaxiques;
o Facilite les accords.
Le point de vue du général au particulier (de P, à groupe, à mots) au lieu de partir du mot vers la phrase;
o Fait plus de sens pour l’élève;
o Facilite la détection d’erreurs de syntaxe.
La grammaire de la phrase est incluse dans la grammaire textuelle.
o Aide à la progression et à la reprise de l’information dans la construction d’un texte.
La deuxième partie de l’article traite de l’enseignement de cette grammaire dite nouvelle.
1- On ne jette pas le bébé avec l’eau du bain : les exercices sont nécessaires pour créer des automatismes. Cependant, il faut amener les élèves à réfléchir sur la langue. Il faut leur enseigner une démarche pour guider l’écriture et les accords plutôt que de donner des recettes toutes faites, des trucs à mémoriser (incluant une liste inévitable d’exceptions).
2- La démarche inductive est employée pour des notions qui sont assez complexes pour la justifier. Les élèves étudient des corpus de phrases et reconstituent la règle de grammaire qu’ils retrouvent dans les ouvrages de référence. Il faut s’en servir à bon escient.
3- La démarche déductive est aussi efficace quand elle part de productions d’élèves. Quand l’enseignant remarque une erreur récurrente, il présente ce type d’erreur aux élèves et il le soumet à l’analyse. Les exercices deviennent ainsi plus contextualisés, «partie intégrante de toute activité d’écriture».
La conclusion indique la position de l’enseignant : il est un modèle qui réfléchit, modélise, fait des erreurs et les corrige. L’enseignant est donc un apprenant face à la langue, tout comme ses élèves.
Cet article est un excellent résumé des changements apportés par la grammaire actuelle. Il traite aussi bien de la grammaire que de l’enseignement de celle-ci. C’est un article qui gagnerait à être photocopié dans les pochettes pour une première rencontre.
lundi 9 février 2009
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C'est un résumé tout à fait fidèle à la pensée de l'auteure!
RépondreSupprimerJe préciserais cependant que certains auteurs ont trouvé une fonction au GN (ou à tout autre groupe) dans le GPrép: complément de la préposition. Exemple: dans le GPrép "avant le soir", le GN "le soir" est complément de la préposition "avant".